Introduction à la journée du 27 avril

Rencontres buissonnières - 27 avril 2019 - Abbaye de CîteauxRencontre du 27 avril 2019 à Cîteaux
Joie et esprit d’enfance

     Nous voici réunis à Cîteaux pour une nouvelle rencontre buissonnière sur le thème Joie et esprit d’enfance. En novembre 2017, le thème retenu avait été Vivre l’absence, et cette rencontre avait été si intense, si grave, si lourde de sens que je m’étais dit qu’un jour, je m’octroierais, ainsi qu’à nos fidèles adhérents et sympathisants, une rencontre plus légère, plus gaie, une sorte de récréation parmi les thèmes sérieux abordés ces dernières années.

      Tandis que je préparais cette journée du 27 avril, les images de la cathédrale de Paris en flammes m’ont sidérée et profondément attristée, comme vous. J’ai craint soudain d’être en porte-à-faux par rapport à cette actualité dramatique. Et puis, je me suis dit que pour beaucoup d’entre nous sans doute, la découverte de Notre-Dame avait fait partie des joies de notre enfance et que, puisque nous serions réunis à Cîteaux dans une atmosphère paisible, fervente et fraternelle, nous pourrions offrir cette journée à Notre-Dame de Paris et de Cîteaux réunies. A ces lieux sacrés dont nous ne mesurons l’importance qu’ils tiennent dans notre cœur que quand nous risquons de les perdre.

     J’ai donc souhaité réunir la joie et l’esprit d’enfance qui me semblent aller de pair. En mai 2014, nous avions évoqué l’enfance, ce qui est différent de l’esprit d’enfance.

     Déjà au VIème siècle avant Jésus-Christ, le Chinois Confucius affirmait que « La joie est en tout, il faut savoir l’extraire », et son contemporain Lao Tseu donnait ce conseil : « Apprends à écrire tes blessures dans le sable et à graver tes joies dans la pierre. »

     Plus récemment, Georges Bernanos affirmait : « Le contraire d’un peuple chrétien, c’est un peuple triste. Etre capable de trouver sa joie dans la joie de l’autre : voilà le secret du bonheur. »

     Souvent, plus nous avançons dans la vie, plus nous avons la nostalgie de la candeur joyeuse de l’enfance qui s’est émoussée au fil du temps et des épreuves. L’idée de vieillir est pénible pour tout un chacun, et nous aurions tellement aimé garder la fraîcheur physique insolente et l’espièglerie des deux enfants d’aujourd’hui que sont nos invités de cet après-midi: Pierre Adrian et Philibert Humm.

     Mais, quels que soient votre parcours de vie et les souffrances, parfois les drames qui l’ont jalonné, je vous invite ce matin à écouter ces réflexions d’écrivains philosophes qui vous aideront peut-être à le poursuivre de façon un peu plus sereine. Je vous invite aussi à les relire dans les moments de découragement, elles vous feront peut-être plus de bien que des anxiolytiques.
Pour m’aider à préparer cette rencontre, Nicole m’a adressé ces paroles d’Eric-Emmanuel Schmitt, extraites de son livre Plus tard, je serai un enfant, que Jacques, son mari, va lire :

« A 40 ans, j’ai découvert l’esprit d’enfance. Qu’est-ce ? Le sens de l’étonnement, la curiosité, l’appétit, l’enthousiasme, le goût du jeu, l’humilité, la confiance dans l’inconnu, ces qualités dont nous jouissons avant de les abîmer ou de les égarer. Sans rebrousser chemin, il faut les récupérer. Aujourd’hui, je me force à lutter contre l’illusion de savoir. J’ai la passion du nouveau. Je refuse la fatigue de vivre. Je proscris le sentiment de déjà-vu ou déjà-entendu. Je casse toute habitude.
J’entends cultiver la fraîcheur, la saveur de la première fois, la naïveté éternelle. L’art m’y aide. Quand j’admire un tableau ou que j’écoute une musique, je deviens vierge, neuf, j’assiste à une épiphanie. L’aube scintille. »

Cette idée d’épiphanie apparaît également dans ces phrases de Sevim Riedinger, auteur du Monde secret de l’enfant, qu’Isabelle va lire car, comme l’auteur, elle est psychothérapeute : « Retrouver au fond de soi l’esprit d’enfance. Non pas la dépendance infantile, mais cette force poétique qui entretient notre capacité d’émerveillement et d’ouverture au monde. La cultiver, comme une plante qu’on arrose, permet de mieux résister, et transformer les épreuves de la vie(…). Entretenir ce lien avec notre enfant intérieur sera d’une aide inestimable pour traverser la vie. Le petit enfant et le grand vieillard tiennent chacun un bout du fil. »

     Enfin, je terminerai ces précieuses citations par celles-ci, de Roger-Pol Droit, qui rejoignent les précédentes avant d’inciter le lecteur à passer de la réflexion à l’action : « Il faut retrouver partout le vif éclat des premières fois.
Faire en sorte que chaque répétition devienne une première fois. Tout le temps des premières fois, même quand c’est la centième, la millième, la millionième. Les enfants ont des âges, l’esprit d’enfance n’en a pas. Enfants, adolescents, adultes, vieillards s’inscrivent dans le temps. Ils grandissent et déclinent, naissent et meurent. L’esprit d’enfance, lui, demeure immuable. Inaltérable. Quand l’esprit d’enfance est entrevu, tout commence. L’essentiel est ce que nous pouvons en faire. A chacun d’inventer jour par jour ses itinéraires. »
Alors chiche, Monsieur Roger-Pol Droit, nous allons vous prendre au mot, passer à l’action et esquisser dès à présent un itinéraire pour cette journée du 27 avril.

     D’abord Dom Olivier, l’hôte de ces lieux, va présenter quelques sculptures de Frère François d’Assise, qui fut moine à Cîteaux. Puis Anne Kienlen, qui était venue en novembre dernier mettre surtout en valeur Saint Nicolas, patron des Lorrains, va nous faire découvrir quelques-unes de ses peintures en rapport avec le thème d’aujourd’hui.

     Dom Olivier, vu les nombreuses tâches qui l’attendent, prendra la parole avant Frère Michel pour commenter un extrait de son livre Sept fois sept, dans lequel il explique que du commencement à la fin, le moine sera un écolier. Extrait qui m’a paru idéal pour illustrer l’esprit d’enfance !

     Puis Frère Michel, grand admirateur de Marie Noël, évoquera ensuite cette Auxerroise attachante, catholique tourmentée qui reçut en 1962 le grand prix de poésie de l’Académie française. Il sera accompagné de Catherine Paitry, conteuse, avec qui il a préparé très consciencieusement son intervention.
Enfin, la matinée se terminera de façon particulièrement détendue, voire dissipée, vu qu’Alain Schneider, qui a rédigé pendant des années dans le Bien Public une chronique intitulée La vie du bon côté, nous lira et commentera quelques petites histoires de son livre en forme de Caprice des
dieux intitulé Pour l’humour du ciel/ Un régal d’abécédaire divinement drôle.
Sans doute avez-vous remarqué que Dom Olivier avait pris la pose avec le livre entre les mains, sans même se soucier de son contenu, ce qui -j’espère- ne lui vaudra pas les foudres des autorités ecclésiastiques et ne compromettra pas plus tard son entrée au Paradis. De toute manière, avec les adhérents et sympathisants de Rencontres buissonnières, il dispose de fervents supporters prêts à le défendre coûte que coûte. J’ai évité de dire « bec et ongles » car cela ne siérait pas à l’esprit cistercien, dont il est le digne et joyeux représentant.
A 11h30, les personnes désireuses d’assister à la messe pourront se retrouver dans l’église, celles qui ne craignent pas de succomber au péché de gourmandise ne manqueront pas de se diriger vers la boutique, qui fermera à 12h30 mais rouvrira exceptionnellement à 14 heures, ce qui devrait donner au total un nombre de gourmands parfaitement satisfaits. Après tout, la gourmandise fait aussi partie de l’esprit d’enfance !

     La pause déjeuner aura lieu à partir de 12h45 dans le réfectoire des hôtes, soit repas chaud soit pique-nique partagé.

     A 15 heures, je présenterai Pierre Adrian, que certains connaissent déjà puisqu’il était venu à Cîteaux l’an dernier, ainsi que son ami et compère Philibert Humm. Nos deux jeunes invités vous inviteront à les suivre dans leur Tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui. Peut-être sont-ils un peu déçus que je ne parle pas davantage d’eux ce matin, mais il me faut tenter de respecter le timing de leurs aînés. Sachez juste que leur livre plein d’espièglerie, à l’humour plutôt potache, a été lu à haute voix au réfectoire des moines, ce qui ne fait que renforcer mon souci à propos de l’avenir de Dom Olivier, sur le plan à la fois terrestre et céleste.

     Entre 14h et 15h, Pierre, Philibert et Alain dédicaceront leur livre dans cette salle, et vous pourrez admirer de plus près les peintures d’Anne. Frère Michel sera également présent, parmi les livres sur Frère François d’Assise, la forêt de Cîteaux et Marie Noël.

Bonne journée à tous.

FRANCINE OHET

Présentation orale de l’après-midi

Samedi 27 avril 2019
Joie et esprit d’enfance

Introduction orale à l’après-midi

     Place cet après-midi à nos deux jeunes auteurs qui ont écouté sagement ce matin ce qu’ont dit leurs aînés.

     En effet, le moment est venu de laisser la parole à Pierre Adrian, que certains d’entre vous connaissent déjà puisqu’il était venu au printemps dernier présenter son livre Des âmes simples dans le cadre de la rencontre sur Les lieux, sources d’inspiration. Nous avons une tendre pensée pour Frère Pierre, le personnage principal du livre, si dévoué, si attachant, qui aurait tellement aimé être parmi nous mais qui a dû renoncer à nous rejoindre depuis sa lointaine vallée des Pyrénées, vu ses innombrables respon-sabilités et son dévouement à toute épreuve. Il m’a chargée de vous dire qu’il serait en communion de pensée et de prière avec nous tous.

     Pierre Adrian, dont on avait remarqué l’an dernier l’étonnante maturité dans sa façon d’évoquer son amitié avec Frère Pierre alors qu’un demi-siècle d’âge les sépare, et qui a le très grand mérite de ne pas classer les personnes plus âgées que lui dans des catégories toutes faites, est accompagné cette fois de son compère et ami Philibert Humm, le duo s’étant partagé la rédaction du Tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui, paru aux Editions Equateurs, dont la tonalité est beaucoup plus légère, espiègle, humoristique que celle Des âmes simples, comme si Pierre avait voulu lui aussi s’accorder une récréation après deux livres très sérieux, le premier sur Pasolini lui ayant valu plusieurs prix, et le deuxième sur Frère Pierre le grand prix du livre de spiritualité.

     Pierre et Philibert vont donc nous parler de leur Tour de France vécu et écrit en commun, un chapitre écrit par Philibert succédant à un chapitre écrit par Pierre, et ainsi de suite jusqu’à la fin. Ils en liront quelques extraits et, parce qu’ils ont vraiment réfléchi au thème de notre rencontre, ils évoqueront aussi l’esprit d’enfance à travers la littérature.

     Après leur intervention, en guise de conclusion, et en écho à ce qui a été dit ce matin par Anne Kienlen, Dom Olivier, Frère Michel et Alain Schneider, ils feront allusion à un objet, une chanson ou une musique, une odeur, une friandise, un héros susceptibles de réveiller leur esprit d’enfance, qu’ils n’ont en fait jamais perdu et qu’ils ne perdront sans doute jamais, même quand ils auront atteint l’âge moyen de notre assemblée.

     Puis, s’il reste un peu de temps, pour boucler la boucle, ils tendront le micro aux personnes désireuses de prendre la parole pour évoquer leur propre « madeleine de Proust ».

     Mais d’abord, retour au livre de Pierre et Philibert : un bon résumé de celui-ci est fait sur la 4ème de couverture, et comme Le tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui a été lu à haute voix pendant les repas au réfectoire des moines, j’ai proposé à Frère Raphaël de nous lire ce résumé.

     Un grand merci à nos deux enfants d’aujourd’hui d’avoir accepté de passer une journée parmi nous. Celle-ci se terminera en musique, avec Frères Michel et Gabriel qui joueront à la flûte à bec quelques morceaux du compositeur Jean-Baptiste Loeillet, sous la houlette de leur professeur Claire Nassans à la flûte traversière.

     Bel après-midi à tous.

Francine Ohet