Extrait – « Ceci est ton corps » – Gabriel Ringlet

Ceci est ton corps - Rencontres buissonnieres

Approche de la personnalité de Gabriel Ringlet à travers Ceci est ton corps (Editions Albin Michel, 2008)

            En juin 1923, le père Teilhard de Chardin part en exploration à la recherche de fossiles dans une région désertique de la Chine du Nord. C’est là, sur le plateau de la Mongolie, dans la grande bouche du fleuve Jaune, devant un paysage aride et grandiose, qu’il rédige La Messe sur le Monde.

           Ceci est ton corps - Gabriel Ringlet - Rencontres Buissonnieres « Puisque, une fois encore, Seigneur, non plus dans les forêts de l’Aisne, mais dans les steppes d’Asie, je n’ai ni pain, ni vin, ni autel, je m’élèverai par-dessus les symboles jusqu’à la pure majesté du Réel, et je vous offrirai, moi votre prêtre, sur l’autel de la Terre entière, le travail et la prière du Monde.(…) Tout ce qui va augmenter dans le Monde au cours de cette journée, tout ce qui va diminuer-tout ce qui va mourir-, voilà, Seigneur, ce que je m’efforce de ramasser en moi pour vous le tendre(…) C’est une chose terrible d’être né(…) J’ai peur aussi, comme tous mes frères, de l’avenir trop mystérieux et trop nouveau vers lequel me chasse la durée. Et puis je me demande, anxieux avec eux, où va la vie… »

            S’il m’arrive -et il m’arrive!- de douter de l’humanité, quelques semaines dans une unité palliative m’indiquent assez que l’exigence de la bonté, la grâce de l’attention, offrent un avenir au dur travail de vivre(…) Aujourd’hui, j’en suis convaincu, les Saintes Femmes travaillent surtout en soins palliatifs.

Ceci est ton corps - Rencontres buissonnieres            « On dit que le chrétien souffre moins parce qu’il croit. Ce n’est encore qu’une conception magique de la foi. Le ciel, l’au-delà, impossible de me les représenter, ce sont des mots. Le monde n’est pas fait seulement de terre, d’eau et de lumière, mais aussi de ténèbres. La foi n’est pas seulement lumière mais ténèbres aussi. Tout ce qui est gagné sur l’égoïsme, la puissance, l’orgueil, tout ce qui se transforme en amour réel, voilà le ciel. » (Jean Sulivan)

L’éternité
Ne fut jamais perdue.

Ce qui nous a manqué
Fut plutôt de savoir

La traduire en journées,
En ciels, en paysage,

En paroles pour d’autres,
En gestes vérifiables.

Mais la garder pour nous
N’était pas difficile

Et les moments étaient présents
Où nous paraissait clair

Que nous étions l’éternité.

                                                                       Eugène Guillevic

            Béatitudes Ceci est ton corps - Rencontres buissonnieres« La mort de ceux qui m’ont révélé la vie m’a fait découvrir, à l’âge de la maturité, que ce n’était pas les récits de la résurrection de Jésus qui m’accompagnaient, mais l’expérience charnelle que ces êtres n’étaient pas morts et que je continuais à vivre de leur vie.(…) La Parole « Jésus est ressuscité », donnée comme fondatrice, ne se suffit pas à elle-même: il n’y a pour nous de résurrection du Christ que dans l’invention permanente des Béatitudes. » (Bernard Feillet, L’Arbre dans la mer)

Isabelle Autissier Ceci est ton corps - Rencontres buissonnieres            Isabelle (Autissier), je l’ai rencontrée à Louvain-la-Neuve le 1er février, la veille de son doctorat honoris causa. Isabelle-au-long-cours sur tous les océans, quatre fois le tour du monde, toute seule. La grâce d’une conversation au fond d’un café.

            Nous parlons de la solitude, de la mort. A un moment, je l’entends encore : « Quand je suis là, tout au bout, je suis tout près. Je communie de manière très forte à l’actualité. Je suis habitée par une grande faim de fraternité. Et quand j’accoste, je n’ai plus qu’un seul désir, être proche, faire amitié, aimer. »

Grande Chartreuse Ceci est ton corps - Rencontres buissonnieres            Je risque une évocation de la vie monastique. Elle ne dit pas non…La mer, le désert, le grand silence comme à la Grande Chartreuse. Aller loin pour être plus proche. Comme les défunts ? Une tombe…c’est un peu une barque…tout petit dans l’infini de l’océan, dans l’immensité de la mort. La vie surgit dans l’étroitesse d’un tombeau, comme la fraternité grandit dans l’étroitesse d’un bateau. Faudrait-il fréquenter les morts pour se rapprocher des vivants ?